Macron, l'imposture démasquée

Macron, l'imposture démasquée

En ce long week-end de fete du 15 aout, on célèbre dans la morosité les cent jours du président Macron : la cote de confiance du nouveau chef de l’Etat s’est écroulée en un mois, comme jamais aucun de ses illustres devanciers n’y fut confronté, y compris Hollande, encore pour un temps caressé par l’état de grâce à l’été 2012.

Sur tous les plateaux de télévision, on s’interroge, presque ahuris : pourquoi une telle débandade ?

La réponse est au fonds assez simple : elle tient à l’indigestion de couleuvres que l’on fait avaler au peuple français depuis le début de l’année. En deux mois, cinq ministres ont été impliqués dans des affaires, du même acabit d’ailleurs que celles qui ont jeté l’opprobre sur les adversaires de Macron durant la campagne : Bayrou, de Sarnez, Goulard, Ferrand et Pénicaud. Si les trois premiers, ceux du Modem, ont depuis quitté la scène, Richard Ferrand a été recyclé à la présidence du groupe parlementaire les Républicains en Marche ; Muriel Pénicaud s’accroche, éhontée, à son poste avec la bénédiction du président qui, par ailleurs, pourrait être impliqué dans le dossier. Pour mémoire, il y eut, durant le quinquennat précédent, qui ne fut pas, loin de là, un modèle de rigueur morale, cinq affaires concernant des ministres ou conseillers du président : Cahuzac, Benguigui, Arif, Morelle et Thevenoud. Autant d’affaires d’Etat en deux mois sous Macron qu’en cinq ans sous Hollande : voilà pour le chapitre de la moralisation de la vie politique, sujet de prédilection du nouveau pouvoir, porté un temps par un garde des sceaux soupçonné de détournement de fonds publics via des emplois fictifs.

En Marche a remporté près de 350 sièges à l’Assemblée nationale, dévolus pour la plupart à des novices recrutés via internet (et pourquoi pas aux comptoirs des bistrots) : l’hémicycle est transformé en concert de couacs. On entendit la vice-présidente de l’Assemblée nationale avouer benoitement son ignorance de ce qui distingue décrets, lois et ordonnances. Une députée de la majorité, Corinne Buron Barnaud, un jour désignée présidente de séance, essuya, sans pouvoir piper mot du haut de son perchoir, les quolibets de l’opposition fustigeant sa totale incompétence, sa méconnaissance de toutes les procédures parlementaires, des règles de base pour assurer le bon déroulement des débats. Un député En Marche de la Creuse reconnut d’ailleurs un certain manque de professionnalisme, tout en plaidant pour la tolérance due aux débutants. On rejeta un soir par inadvertance un texte pourtant validé en commission. Les députés chevronnés s’arrachent les cheveux, rappellent à leurs benjamins que l‘Assemblée Nationale, c’est du sérieux, qu’ils ont l’avenir de la France entre leurs mains : rien n’y fait. La France comprend enfin, mais trop tard, qu’elle a confié son avenir à une camarilla de pieds nickelés, sans aucune préparation. Il lui reste désormais à prier pour que le stage de formation des députés soit rapidement bouclé, faute de voir le pays sombrer dans l’immobilisme et l’incompétence. Voilà pour le renouvellement du personnel politique.

Emmanuel Macron, grand prêtre autoproclamé de la transparence, avait promis au micro de Jean Jacques Bourdin, courant avril, un plan de déploiement de la politique fiscale sur cinq ans, au tout début de la mandature, de sorte que les contribuables puissent enfin y voir clair longtemps à l’avance (sic). Résultat des courses : on annonce un jour la suppression pour 2018 de la taxe d’habitation, comme promis durant la campagne, avant de se dédire le lendemain, puis d’y revenir le surlendemain face au tollé médiatique. Entre temps, on fit endosser aux ministres issus des rangs de la droite, Philippe, Le Maire et Darmanin, les rôles principaux dans la mascarade des huit milliards d’euros de déficit supplémentaire, retrouvés après avoir été sciemment escamotés par le précédent gouvernement. Forfaiture dénoncée avec des accents inquisitoriaux par le Premier Ministre, désigné pour jouer le rôle de Cassandre, et annoncer, le cœur au bord des lèvres, l’ajournement de nombreuses promesses de campagnes : la raison impose d’accorder la priorité au règlement des ardoises laissées par les indélicats prédécesseurs. Mais qui donc était, il y a quelques mois encore, le patron de Bercy, pendant qu’on fabriquait en douce des comptes falsifiés, « à la grecque » ? Croit-on les français à ce point benêts pour qu’on leur fasse avaler de pareils simulacres ?

Et puis, ces courtes semaines d’exercice du pouvoir ont déjà fait tomber le masque de celui qui, durant cinq ans, aura la charge du destin de notre pays. Sa crise d’autorité, bien puérile, face au très estimé général de Villiers, chef d’état-major de la défense nationale, lui valut la réprobation unanime de toute l‘armée française. Surnommée depuis toujours « la grande muette », elle est, de tous les corps d’état, le plus légitimiste, le plus discret, le moins vindicatif. Qu’adviendra-t-il demain, lorsqu’il faudra affronter l’hostilité de la CGT, de SUD, de FO, des syndicats de cheminots, d’agents hospitaliers ou des impôts, autrement plus contestataires ? On est en droit de craindre le pire. On parvint même à se mettre à dos les journalistes, pourtant si serviles durant toute la campagne, en se réservant le droit de choisir les heureux élus qui, touchés par la divine grâce présidentielle, seront désormais seuls habilités à suivre le grand Jupiter dans ses pérégrinations : du jamais vu depuis Louis XIV ! On reproche en privé l’insignifiance d’Edouard Philippe dans les médias, incapable d’imprimer sa marque dans l’opinion : on oublie de préciser qu’en s’exprimant devant le Congrès de Versailles la veille du discours de politique générale du Premier Ministre, on s’ingénia à le marginaliser, par simple souci d’affirmation d’une suprématie protocolaire pourtant déjà inscrite dans le marbre constitutionnel. Du Premier Ministre collaborateur, on passe allègrement au Premier Ministre paillasson, celui qui obéit sans sourciller à la voix de son maitre, et sur lequel on s’essuie gaillardement les pieds, pour que nul n’ignore qu’il y a un chef, et un seul, au château.

Le roitelet, qui s’égosille lorsqu’il cherche à s’imposer, commence déjà à récolter les sarcasmes, un peu comme il advint à ces Empereurs romains dégénérés, que l’entourage flattait par devant pour mieux les moquer une fois le dos tourné, revanche discrète des laquais à ce qu’ils devaient endurer. On passera sur les propos méprisants à l’endroit des comoriens ou des noirs africains, que la presse condamnerait sans appel pour racisme aggravé si d’autres les avaient prononcés : ils sont dans la droite ligne du mépris de caste déjà largement affiché à propos des pauvres illettrées de l’usine Gad, des mineurs alcooliques du Nord-Pas de Calais, des syndicalistes en tee-shirt qui feraient mieux de se mettre au travail.

Devant tant de catastrophes, François Hollande ne cacha rien de sa jalousie, en privé : « moi président, le ciel me serait tombé sur la tête, mes oreilles auraient sifflé de nuit comme de jour des quolibets qu’on m’aurait jeté à la face ». Et oui, la débandade immédiate de la macronie ne déchaine pas encore l’hystérie des médias, qui se montraient bien plus acérés sous Sarkozy et Hollande. La mystérieuse complaisance médiatique essaie de jouer les prolongations, mais nous sommes en France, on ne peut tout de même pas passer sous silence ce qui saute aux yeux de tous.

Les français sont un peuple étrange, râleur, mais finalement assez enclin à suivre les élites, se forçant à croire le discours dominant, même quand le doute les assaille : l’Etat leur a tellement apporté, durant les décennies glorieuses, que des bribes de confiance persistent. En fin des fins, ils se laissent tenter par les promesses, même si leur conscience les incline à la méfiance. Jamais les Français n’ont adhéré vraiment au candidat Macron, au-delà d’un électorat centriste ou socialo-rénovateur, que l’on pourrait évaluer à 17% du corps électoral tout au plus : les 7% de ralliés à contrecœur, qui lui permirent de passer le premier tour en tête, se portèrent sur lui, plutôt que sur Fillon, le tartuffe réactionnaire, Marine la facho, Mélenchon le coco, ou encore Hamon, l’étudiant attardé, qui n’a jamais vraiment rangé au vestiaire son costume de secrétaire de l’UNEF. Pour au moins un tiers de ses électeurs du premier tour, Macron n’a jamais été qu’un pis-aller, un vote refuge pour éviter les candidats pris dans la tourmente médiatico-judiciaire. Au second tour, ses 66% de voix ne veulent rien dire, si ce n’est que Marine Le Pen, en dépit de ses efforts, continue d’inquiéter quant à ses convictions républicaines, ses compétences, sa stature de femme d’Etat, son programme de sortie de l’Union Européenne : avec Macron, au moins, on est sûr d’éviter le pire. Et l’hallucinant débat de l’entre-deux tours, où Macron put se contenter de renvoyer une adversaire agressive et brouillonne dans les cordes, en conforta beaucoup dans ce sens.

Vendu à l’électorat comme le baril de lessive sorti le moins abimé du crash-test d’une publicité comparative, Macron n’a jamais fait vibrer les foules, ni engendré l’enthousiasme, plutôt la curiosité, la tentation d’essayer finalement, puisque tout poussait à l’acheter. Mais quand, à la première utilisation, l’arnaque explose à la figure, le service après-vente médiatique a beau tenter d’expliquer, d’excuser, de minimiser, rien n’y fait : le client a compris, un peu trop tard, mais une fois pour toute, qu’on lui a refilé de force un rossignol, en le faisant passer pour un aigle. Le désaveu des Sarkozy ou Hollande n’a rien à voir avec ce qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux : eux ont été élus dans des circonstances normales, pour eux-mêmes, et non faute de combattants crédibles en face. Les électeurs déçus ne purent donc s’en prendre qu’à leur crédulité, s’ils s’estimaient floués. Là, il s’agit de toute autre chose : le premier exemple dans l’histoire d’un pacte occulte de l’oligarchie financière unanime avec le pouvoir socialiste sortant, chacun instrumentalisant respectivement les médias et la justice pour démolir la concurrence, forcer la main de l’électorat, confisquer au peuple son élection présidentielle et imposer sur le trône républicain un candidat fantoche, venu de nulle part. Pourquoi donc tout cela, et pourquoi maintenant ? Pour éviter qu’après l’avènement mondial de Poutine, le Brexit, l’élection de Trump, un nouveau camouflet ne porte un coup fatal à la mondialisation et à l’Union Européenne.

La première mesure du nouveau pouvoir, adoptée en urgence ? La ministre de la santé, Agnès Buzyn, annonça que huit nouveaux vaccins deviendraient obligatoires dès 2018. Si quelqu’un se rappelle avoir entendu parler de ce sujet durant la campagne électorale, qu’il le fasse savoir. Nul n’ignore, en effet, que le principal problème qui angoisse et tétanise les populations, dans la France de 2017, ce sont bien sur les ravages de la rubéole, des oreillons, de l’hépatite b. L’urgence de la situation rendait nécessaire une action ultra rapide du gouvernement, et au diable le chômage, le pouvoir d’achat, le terrorisme, la délinquance, la dette… ces sujets devront attendre. Il est bien plus probable que, les comptes de campagne de Macron ayant été puissamment abondés par l’industrie pharmaceutique, comme Benoit Hamon l’avait suggéré lors du débat du premier tour, il était essentiel de renvoyer l’ascenseur aux généreux donateurs, fusse aux frais de la Sécu. La future Loi Travail, qui pointe le bout de son nez ? Sous couvert d’alléger un code du travail qui persécute les artisans, les petits patrons, et décourage l’embauche, gageons qu’on n’oubliera pas de faire passer, en catimini, un article pour exonérer de toute obligation administrative les grands groupes qui délocalisent.

Quand l’oligarchie finance une usine, une société, une entreprise, une équipe de chercheurs, un champion de football, une vedette de la chanson, du cinéma ou de la télévision, elle en attend un retour sur investissement. Telle est la loi des affaires, depuis que le monde est monde. Il en sera de même concernant les huit millions d’euros qu’elle a apportés à son poulain, sans compter la mobilisation sans faille de ses rédactions derrière lui. C’est donc devant ses actionnaires, plus que devant ses électeurs, que le président Macron se sentira obligé de rendre des comptes.

On dit son programme flou, imprécis, hasardeux, indiscernable ? On ne parle là que de la partie publique, celle qui sert à séduire l’électeur, et installe un écran de fumée pour camoufler le vrai visage du macronisme. Pour ses bailleurs de fonds, la feuille de route du nouveau président est toute tracée, claire, limpide, parfaitement chiffrée et planifiée dans ses moindres détails. On ne lésinera sur rien, ordonnances, 49/3, leurres médiatiques, polémiques stériles, pour détourner l’opinion des vrais enjeux, la poursuite de la mondialisation sauvage, le dépeçage du patrimoine industriel, scientifique, immobilier, artistique et culturel de la France, au profit de quelques-uns.

Pour les français, il en restera l’amertume d’un rêve en forme d’images subliminales, introduites avec une précision de chirurgien dans les cerveaux, qui s’évanouit brutalement : rien à voir avec la bonne vieille rancune des éternels cocus qui se laissent trop facilement entrainer par les bateleurs d’estrade. Aujourd’hui les français se réveillent épouvantés d’avoir servi de cobaye à un coup d’Etat démocratique de nouvelle génération. Et pressentent que la suite sera plus cauchemardesque encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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